Au bon endroit, au bon moment

Le week-end précédent, lors d’une sortie club avec le CRC, nous avions posé nos montages dans un étang breton. Les carpes étaient en fin de fraie et la météo annonçait une petite baisse des températures pour la semaine suivante. Autant dire que je me devais de retenter ma chance sur cette période où les poissons allaient probablement se remettre à s’alimenter copieusement.

Jeudi soir, direction la Bretagne. J’arrive vers 20h30, juste à temps pour aller observer le plan d’eau et choisir correctement mon poste pour le lendemain. Le vent doit souffler nord-ouest tout le week-end, et quelques poissons se montrent déjà à l’entrée d’une baie bien exposée. Il ne m’en faut pas beaucoup plus pour choisir à nouveau ce poste, celui que j’occupais le week-end dernier et que je commence donc à connaître un peu.

J’en profite pour répartir environ 2,5 kg de bouillettes Cherry Squid Appâts-Baits sur l’ensemble de la baie et son entrée.


Ma première ligne est rapidement placée. C’est un spot dans mes pieds, sur ma gauche, qui m’avait déjà rapporté deux carpes le week-end précédent. Une petite tâche de sable dans environ un mètre d’eau, située au bout d’une ligne d’arbres immergés.

Côté montage, je reste sur ce que j’utilise le plus : un Slip D Rig d’environ 20 cm, avec un petit plomb de pré-piquage placé à 5 cm de l’hameçon. Pour l’esche, une bouillette Cherry Squid en 20 mm. Pour l’amorçage, je reste volontairement simple : bouillette pure en 20 mm. Ce spot semble être une zone de passage, où les carpes viennent probablement se nourrir. J’aimerais le confirmer sans créer trop d’activité supplémentaire.

Pour la seconde ligne, je prends un peu plus de temps. Le week-end dernier, en passant le Deeper, j’avais trouvé la fin d’une pente douce et ce qui semble être l’ancien lit d’un ruisseau, qui s’élargit à une trentaine de mètres. Je m’étais arrêté là.

Cette fois, je pousse un peu plus loin le sondage. Une dizaine de mètres derrière mon spot initial, la remontée est plus brutale : on passe assez vite de deux mètres à un mètre d’eau. Pour mieux définir la texture du fond, je lance un plomb. Le fond semble relativement dur. Pas vraiment du caillou, plutôt du sable compact ou une glaise épaisse. Mais en grattant sur une quarantaine de centimètres, le plomb se bloque et finit par casser au niveau du nœud.

Je recommence avec un autre plomb. Cette fois, j’arrive à le récupérer. Il semblerait que la zone soit également recouverte de quelques blocs rocheux. Sur plusieurs lancers, je bloque à nouveau sur une dizaine de mètres de longueur. Je décide donc d’amorcer juste devant cet enrochement.



J’y dépose environ 2,5 kg d’un mélange composé de maïs doux, de babycorn Robin Red gonflé avec un peu de liquide de foie, de quelques bouillettes Cherry Squid en 14 mm, et de quelques bouillettes en 20 mm. Côté montage, je ne change rien : même approche que pour la première ligne. Je joue la carte de la confiance.

Contrairement au week-end précédent, il n’y a aucune pression de pêche sur le plan d’eau. Je serai le seul pêcheur de carpe. Une semaine plus tôt, il devait y avoir plus d’une vingtaine de lignes sur les 17 hectares, ce qui est beaucoup trop à mon goût.

En fin de matinée, le détecteur de la canne placée à une quarantaine de mètres se fait entendre. Quelques légères tirées. Cela ressemble fortement à des tapes de petits poissons, ce qui n’est pas étonnant vu le contenu de mon amorçage. J’en profite pour rajouter quatre ou cinq Spomb du même mélange, histoire d’occuper les blancs sur les particules plutôt que sur les bouillettes de 20 mm.

En début d’après-midi, première vraie touche. Une petite commune se fait piéger sur cette zone. Photo rapide, puis remise à l’eau.
Deux décroches suivront dans l’après-midi, assez rapidement après la prise de contact. Pourtant, l’hameçon pique bien et ces montages ne m’avaient pas fait défaut le week-end précédent. Après une courte réflexion, je me dis que cela vient peut-être de l’amorçage. Il est assez étalé, sur une zone de 15 à 20 m². Les poissons bougent peut-être beaucoup en s’alimentant.

Je décide donc de conserver le même montage, mais avec cinq ou six centimètres de plus. L’idée est simple : laisser davantage de liberté à l’hameçon pour que le poisson se pique vraiment au moment où il repart. Avec un montage trop court, le poisson peut se déplacer alors que l’esche vient à peine d’entrer dans sa bouche. Résultat : soit l’hameçon se pique en bordure, soit il ne pique pas du tout.
En début de soirée, nouveau départ sur ce spot. Une nouvelle commune rejoint le tapis. Cette fois, le gabarit est un peu plus intéressant et me permet d’entendre le cliquetis du frein sur de longs rushs. C’est plaisant. Vraiment plaisant. Et cette fois, l’hameçon est parfaitement ancré dans la bouche de la carpe.

Puis c’est au tour de la canne de bordure de se faire entendre. Entre 23h et 4h du matin, j’enchaîne quatre poissons, dont deux jolies miroirs, une belle commune bien massive, et une autre un peu plus modeste qui repartira directement depuis l’épuisette.



Certains diront peut-être que la commune n’est pas si grosse. D’autres me demanderont sûrement combien elle pesait. Eh bien, je n’en sais rien. Cela fait quelques années que je ne pèse plus mes poissons. Au passage, cela fera d’ailleurs l’objet d’un prochain article.
Plusieurs poissons en très peu de temps. La décision de revenir était donc plus que bonne. Ce plan d’eau, découvert cet hiver, semble avoir encore quelques surprises à me réserver.
Le réveil était tout de même réglé sur 5h30, histoire de retendre proprement les lignes pour le coup du matin. Chose faite, je retourne rapidement dans les bras de Morphée. La nuit n’a pas été assez longue.

 

À 8h, c’est le détecteur qui me sort du sommeil. Un bien joli combat avec une belle miroir. Cela lancera les hostilités pour la journée sur le poste du large. Je continue d’alimenter la zone avec quelques Spomb après chaque touche. J’avoue que, sans rien noter, je me suis un peu perdu dans les chiffres. Au final, trois poissons poseront devant l’objectif et quelques autres retourneront directement à l’eau. L’ensemble des touches de la journée se fera sur le spot situé à une trentaine de mètres.

En fin d’après-midi, les choses se calment. Le vent souffle toujours dans la même direction, mais l’activité semble retomber. Je replace proprement les lignes pour le coup du soir et la nuit.
En début de soirée, c’est à nouveau la canne de bordure qui décolle. Elle enchaînera encore quelques poissons dans la nuit, jusqu’au lever du jour. Un lever du jour qui annonce malheureusement l’heure du repli et le retour vers la Normandie.



Au final, je dirais une vingtaine de touches, je me suis perdu dans mes comptes à ne rien noter, trois décroches au total, et quelques poissons remis à l’eau rapidement sans photo. Une fois encore, l’adage “au bon endroit au bon moment” prend tout son sens. Le choix de revenir sur cette période post-fraie, et de pêcher un poste exposé au vent, aura été judicieux.
Trouver un spot productif en journée et un autre plus actif la nuit m’a permis d’avoir des touches régulièrement. À la limite, pêcher cette bordure avec une seule canne serait presque la chose la plus logique à faire.
Je vais bientôt quitter ma Normandie natale. Je vais donc essayer de profiter encore une ou deux fois de ce plan d’eau avant de prendre la route vers l’Aveyron, où tout sera à découvrir pour moi. J’aime cette part de nouveauté dans la pêche. Découvrir un nouveau terrain de jeu, chercher, comprendre, se tromper parfois, puis finir par trouver… c’est vraiment le pied.